DIEU VOUS APPELLE A LA VIE VERITABLE

Le Souverain éternel de l’univers nous a créés pour que nous le glorifiions dans sa
puissance et dans sa beauté, et étant unis à lui, nous devenions ses enfants éternels et
vivions à sa ressemblance. Dieu qui est personnel et unique, et qui a éternellement son
Verbe Divin et son Saint Esprit Vivifiant, nous a créés pour la sainteté et la vie éternelle. Il nous accorda la liberté afin que nous puissions l'aimer réellement. Mais pour notre
malheur, nos ancêtres ont désobéi au Créateur qui les aimait tant et ont préféré prendre le parti de Satan. Ils ont abusé de la liberté que Dieu leur a accordé et ils ont choisi d'enfreindre la volonté de Dieu. Depuis ce temps, nous naissons dans l’impureté de l’âme avec un penchant pour le mal. Depuis là, la mort et la souffrance sont entrées dans le monde. Mais nos ancêtres lointains ne sont pas uniquement coupables pour ce fait, nous aussi commettons des péchés innombrables tout au long de notre vie.

Lisez plus: Quel est le but de notre vie?

Wednesday, December 28, 2016

Entretien de conversion de l'hypodiacre Pierre 6


6. Quel serait votre message pour nos lecteurs ?

L’Orthodoxie est l’Eglise, le don sans prix de Dieu fait à l’homme - la perle de grand prix, le trésor le plus précieux enfoui dans le champ – pour accéder au Royaume, i.e. la vie éternelle, par l’intégration au Corps du Christ, en d’autres termes pour connaître Dieu.

Pour qui est saint, cela peut se faire dans une vie humaine ; mais dans tous les cas cette connaissance et cette révélation du Dieu sans limite ne peut avoir de fin, et c’est bien l’éternité qui en est la mesure.

Que tout orthodoxe mesure donc bien à son prix inestimable le précieux dépôt dont nous sommes les récipiendaires indignes… et qui dépassera toujours notre capacité d’entendement.

S’il était besoin d’une preuve que l’Orthodoxie est la vie, révélée par la Vie vivante, et non pas une doctrine relevant de l’archéologie, une seule, parmi toutes celles qui sont innombrables, en serait qu’aujourd’hui les saints délivrent le même message – intemporel - que dans les premiers siècles de l’Eglise. Le discours des saints Pères de notre époque rend le même témoignage que celui de leurs prédécesseurs, les miracles continuent d’être accomplis de nos jours tout comme dans les précédents, et le siècle écoulé, parmi tous les confesseurs ou martyrs, a porté aussi bien des docteurs et des startsy que des fols en Christ et des thaumaturges, qui continuent à nous aider par leur intercession.
Pour ce qui est de l’heure présente, chaque époque de l’Eglise a éprouvé des attaques spécifiques venant de l’adversaire, et aujourd’hui, l’Orthodoxie, qui suscite en tout temps la jalousie du Malin, connaît une attaque en règle du Monde, sournoise mais sans relâche.
En partie par la violence, avec l’installation au Kosovo de la plus grande base militaire américaine en dehors des Etats-Unis, qui a été le point culminant de la diabolisation que dut souffrir la Serbie durant la guerre orchestrée aussi bien par les armées que les médias occidentaux, tout comme celle que subissent actuellement les orthodoxes d’Ukraine.
Tout aussi orchestrée est la guerre économique destinée à enlever à la Grèce son identité, pour la rendre telle un simple étal de marché pour l’économie néolibérale.
Plus subtile, mais non moins insidieuse et acharnée, est la lutte persistante qui tend à détruire au quotidien les valeurs des sociétés orthodoxes, sous le couvert du « progrès », de « l’évolution » et de l’occidentalisation-mondialisation.
De toute façon, que ce soit par une violence visible ou cachée, l’Orthodoxie est considérée de longue date par l’Occident comme un ennemi à éliminer : lors de la guerre de Yougoslavie, le ministre autrichien de l’époque n’avait-t-il pas déclaré ouvertement à Bruxelles, de manière significative : « L’Europe s’arrête là où commence l’Orthodoxie ! ».

La plus perfide des stratégies consistera donc à infiltrer cette destruction au sein même de la hiérarchie de l’Eglise par le biais « des bâtisseurs qui ont rejeté la pierre d’angle » pour y instiller, sous le masque de l’évolution et de l’ouverture, des idées et des positions non conformes au dépôt de la Révélation.
Tous les saints de l’époque moderne ont mis en garde contre ce danger et ont dénoncé l’arrivée de la « pan-hérésie » ou « hérésie suprême », selon leurs propres termes, comme étant la plus pernicieuse de toutes : celle d’abandonner la fidélité à l’enseignement des Pères pour se conformer à « la sagesse du monde » et au goût du jour.
Mais voilà, l’homme « moderne », même orthodoxe, se considère comme plus évolué spirituellement que ceux des époques précédentes. Que les saints Marc d’Ephèse, Côme d’Etolie, Ignace Briantchaninov, Seraphim Sobolev, Paissios, ou Gabriel de Géorgie et tant d’autres, aient explicitement présenté l’œcuménisme comme la plus haute des hérésies ne viendrait-il que de leur « vision trop étroite » de l’Orthodoxie, ou peut-être ces personnes n’étaient-elles pas assez évoluées intellectuellement et socialement …puisque depuis lors  nous avons tellement progressé, n’est-ce pas?
Pour arriver à ses fins, le père du mensonge s’entend à déformer les plus grandes vérités : sous couvert de « charité » et d’amour du prochain, il voudrait que l’Eglise « s’ouvre », c’est-à-dire « se relativise », pour ne devenir qu’une « confession » parmi d’autres. Les Pères sont pourtant unanimes à rappeler qu’il faut aimer le malade, mais haïr la maladie.
Ne nous y trompons pas : « le Christ est Le même hier et aujourd’hui, et Il Le sera demain », son enseignement est vivant et ne participe pas de l’archéologie ni des conditions d’une époque passée.
De fait, il y a déjà longtemps que nous sommes dans la situation décrite par l’apôtre Paul : « car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs » (2 Tim.3, 4).

L’Orthodoxie est la révélation que la vie de chaque homme est un don gratuit de Dieu. Un mystère qui dépassera toujours l’entendement, mais trouve sa réponse dans l’amour – un mystère, et non le hasardeux produit d’une « évolution » biologique tâtonnante, partie du protozoaire pour arriver au singe, qui serait notre (vénérable) ancêtre, ni un accident absurde, dénué de toute signification, qui trouverait sa fin rapide (une vie d’homme !) et non moins absurde dans un néant complet, ni encore un maillon dans une chaîne de « réincarnations », commodes pour donner une explication (très sommaire) aux heurs et malheurs d’une existence individuelle et aux injustices du monde par une loi mécanique, mais repoussant toujours plus loin l’accès à une cause véritable.


De Dieu, nous avons reçu la vie.
Cela signifie qu’Il nous a offert à chacun un commencement – la sortie du néant -, mais pas de fin.
Et qu’il faut bien, en effet, l’éternité pour rendre grâce à sa mesure du don sans mesure que Dieu nous a fait.



Slava Bogu za vsio !

Entretien de conversion de l'hypodiacre Pierre 5


5. Peut-être avez-vous quelque chose à dire sur l’église à Genève dans laquelle vous servez ?

L’église russe de l’Exaltation de la Sainte Croix est la première église orthodoxe établie, par la grâce de Dieu, à Genève depuis maintenant 150 ans.
Elle a ainsi joué un rôle central et fédérateur, jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle, pour les orthodoxes de diverses juridictions établis à Genève ou de passage.
En 1946, le patriarcat de Moscou, alors que la tension était grande avec l’Eglise orthodoxe russe hors frontières, installa un lieu culte consacré à la Nativité de la Mère de Dieu et au début des années 70 fut construite l’église grecque de St Paul, dépendant directement du patriarcat de Constantinople. A cela s’ajouta ensuite la création de deux paroisses roumaines.
Aujourd’hui toutefois, malgré l’usage du slavon comme langue liturgique, cette église continue à remplir sa mission d’accueil pour étrangers de passage de différentes nationalités, ainsi que pour l’immigration russe qui n’a cessé d’augmenter depuis maintenant 20 ans. La vie paroissiale y est très active (pour les enfants, comme pour les laïcs, notamment avec l’organisation de pèlerinages).

Je demeure, bien sûr, très reconnaissant à cette église de m’avoir accueilli dans l’Orthodoxie, et infiniment à Dieu de m’avoir accordé, à moi indigne, d’accéder au service de l’hypodiaconat.

Puisse-t-Il continuer à la combler de grâces et de bénédictions dans les années à venir.

Entretien de conversion de l'hypodiacre Pierre 4



4. Comment est la vie religieuse en Suisse ?

Je ne me considère pas comme habilité pour répondre à cette question, si ce n’est pour dire qu’en Suisse, jusqu’ici, règne une grande tolérance pour la pratique de l’ensemble des religions.

En ce qui concerne l’Orthodoxie, par la grâce de Dieu, plusieurs lieux de culte de diverses juridictions ont pu voir le jour dans le pays depuis une trentaine d’années pour répondre aux besoins de l’immigration et également des nouveaux convertis. Ceux-ci constituent toutefois un phénomène limité en nombre qui ne justifie pas à lui seul l’ouverture de nouvelles églises.
Si les villes de Genève, Vevey, Berne et Zurich, ou le monastère de la Sainte Trinité à Dompierre, ont leur propre église où la liturgie se célèbre régulièrement, ailleurs il n’y a pas de possibilité de célébrer régulièrement des offices ni de bénéficier d’un lieu de prière en propre, dans ce cas il faut louer une salle ou bénéficier de l’accueil d’une paroisse hétérodoxe.
Evidemment, dans un pays occidental comme la Suisse, l’Orthodoxie a le statut de religion étrangère, accueillie comme un hôte (…un peu exotique).
A Genève en particulier (puisque que la Suisse est une confédération), les manifestations religieuses publiques – telles qu’une procession, par exemple, ou sonner les cloches la nuit de Pâque du calendrier julien - ne sont pas autorisées.

Mais d’une manière générale, si ce n’est que la religiosité en général reste très discrète dans un pays occidental et laïc comme la Suisse et que l’Europe progresse chaque année davantage dans la déchristianisation de la société, l’Orthodoxie – dans la mesure où elle n’est pas liée à de l’actualité politique – est relativement bien tolérée …pour l’instant.

Entretien de conversion de l'hypodiacre Pierre 3


3. Comment et en quoi voyez-vous des différences et des similarités entre l’Orthodoxie et d’autres religions ?

On ne compare pas le Christ et Bélial.
Dieu Lui-même, en tant que Deuxième Personne de la Trinité, s’est incarné – Vrai Dieu et vrai Homme – pour sauver l’homme de sa chute, et nous a offert son Corps vivant, l’Eglise, dont Il est la Tête. Lui qui est la Voie, le Vérité et la Vie. C’est dans l’Eglise qu’il est possible d’expérimenter véritablement ces trois réalités, qui en forment une seule.

On peut certes trouver diverses formes de piété et de mystique d’apparence respectable dans les autres religions et de nombreux exemples de foi tout à fait admirables.
(En ce qui concerne les hérésies issues du christianisme – le papisme et les diverses branches du protestantisme -, la déformation de la vérité reçue est telle qu’elle apparaît malheureusement comme une caricature appauvrissante, et parfois blasphématoire).
De même, l’on peut trouver ailleurs des doctrines qui sécurisent le mental et tranquillisent, des règlements qui indiquent une conduite d’action existentielle et apportent un certain équilibre pour la gestion du quotidien.
Toutefois, s’il est possible de rencontrer une sagesse – relative -, une paix – relative -, ou même une compassion – toujours relative – dans d’autres formes de religions, partout règne le grand Manque, ou la grande Absence : celle de la présence du Christ, seule Plénitude capable de tout remplir – la terre, le ciel et les enfers.

Pour exemple : l’amour des ennemis, dans le christianisme, est bien plus qu’une attitude morale et un commandement.
On peut, dans n’importe quel courant religieux, faire l’effort de développer une attitude de compassion pour autrui, ou de détachement vis-à-vis de l’ego et de la haine, mais cela relève alors d’une règle de morale ou de comportement. Dans l’Orthodoxie, si cela est un commandement divin et une révélation du Christ lui-même, qui doit être continuellement travaillé et développé, cela ne peut être réel que parce que cela est une conséquence, propre à la Révélation même, de ce que « Dieu nous a aimé le premier, alors que nous étions encore dans l’inimitié », et qu’Il nous donne donc Sa grâce.

De même, en ce qui concerne le pardon (indissociablement lié dans son fondement à l’amour des ennemis) : celui-ci – spécificité caractéristique du christianisme, puisqu’il est élevé à la hauteur d’un sacrement – n’est possible et réel que parce que le Dieu Vivant et Vrai est une Personne : seule une personne peut pardonner à une autre personne – un principe ou une loi cosmique ne le peuvent pas. Et ce mystère va encore plus loin. En ce qui nous concerne, il nous révèle quelle est notre vraie nature : celle d’une personne – et non pas d’un simple individu parmi d’autres, composé de paramètres biologiques et de pulsions –, c’est-à-dire d’un être vivant qui trouve sa réalité pleine et son identité dans sa relation avec la seule Personne Vivante et Vraie, qui lui a donné la vie, par amour.
Il y aurait encore beaucoup à développer sur ce sujet, bien sûr. Qu’il suffise de synthétiser en indiquant que la spécificité de la Révélation chrétienne par rapport à toutes les autres « religions » -qui relient à Quoi, ou à Qui ? – trouve sa clé dans le mystère de la personne (dont, parmi les saints récents, le Père Justin Popovic a parlé d’une façon des plus admirables et explicites).

Partant de ce principe, il est encore instructif de constater que la « Connaissance », ou gnose, – fondement et levain de toutes les traditions orientales et des idéologies initiatiques qui en découlent sous l’étiquette de « spiritualités » diverses, prétendant trouver leur origine dans les « mystères » d’un passé des plus lointains : philosophies sous l’égide d’un « maître », théosophie, maçonnerie, néo-paganisme, et autres ésotérismes et « traditions primordiales », correspondant toutes à la « Sagesse des Grecs » – la gnose, donc, est à la base d’une contradiction primordiale dans la posture de « l’homme moderne » : ce n’est, en effet, pas le moindre des paradoxes qu’il croie pouvoir « se libérer » par la connaissance « d’une doctrine cachée » - en écoutant le sifflement du serpent dans l’arbre du même nom, prétendant : « Vous serez comme des dieux » -, alors qu’il se replace ainsi à nouveau dans le déterminisme des lois cosmiques et des puissances célestes, dont le Christ Lui-même est venu nous libérer (Gal. 4, 8).
Ce mythe de la gnose est en effet aussi vieux que le Serpent lui-même : la « connaissance » apporterait la libération totale ( …même par rapport au Créateur!) et l’homme serait son propre maître – traduit dans le langage des traditions orientales, cet arbre où se trouve le serpent a entre autres pour nom kundalini, et sa « montée » (dans l’arbre) est censée apporter des pouvoirs occultes à l’initié et, en finalité, « l’illumination », i.e. la connaissance ultime et absolue sur tout. L’hameçon de Satan à ce sujet n’est pas moins virulent aujourd’hui qu’il ne l’était au Paradis.
Il est notable de remarquer que « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » met l’homme en contact avec deux concepts appartenant au monde abstrait des idées et l’introduit dans le domaine de la dualité, alors que la relation avec le Dieu Vivant et Vrai le maintient dans l’Unité, soit dans un rapport vivant avec le monde et Celui Qui peut dire « Je suis Celui Qui Suis ».

Et pourtant la connaissance est bien, en effet, le fondement primordial de la Révélation chrétienne, au point que l’ignorance est désignée par de nombreux de Pères comme « la cause de tous les vices », « la mère et la nourrice de tous les maux », « la maladie la plus fondamentale de l’âme », etc., puisque, selon les paroles mêmes du Christ «  la vie éternelle c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus Christ »  (Jean 17, 3). Il s’agit donc ici de connaître la relation qui existe entre l’homme avec son Créateur – et non pas de s’imaginer devenir indépendant de tout et devenir en même temps son propre dieu -, mais cette connaissance s’obtient par les sacrements de l’Eglise et l’ascèse personnelle, et, comme l’a si bien formulé le P. Justin Popovic, c’est dans le Verbe que réside le principe dynamique et métaphysique de la connaissance.

Sur ce sujet aussi, il y aurait beaucoup à développer, ne serait-ce que pour rappeler combien la fièvre de la connaissance a pris possession de l’homme occidental depuis des siècles d’une manière exacerbée – de la « Renaissance » (du paganisme), en passant par les « Lumières » et le positivisme -, au point que la norme de la vérité quotidienne – indubitable, inaltérable et objet de vénération absolue – se résume dans cette formule incontournable : « C’est scientifique ! », autant dire : vrai de manière absolue et irréfutable, reléguant au plan de l’imprécision subjective tout ce qui est dévoilé par la Révélation, (même si la science remet périodiquement en cause ses propres conclusions, et si elle reconnaît elle-même que l’objectivité absolue n’existe pas, mais est dépendante de la position de l’expérimentateur – mais ceci est une autre histoire).
Rappelons simplement ici que l’homme a fondamentalement besoin de croire, de croire en quelque chose ou quelqu’un pour trouver un ancrage lui donnant une assise, et que la prétendue « science » offre par sa crédibilité  cet avantage confortable de fournir une pseudo vérité déjà « prémâchée » et « prédigérée », qui exempte l’homme-consommateur de la nécessité de la réflexion, c’est-à-dire de l’expérimentation personnelle – à l’inverse de la Révélation chrétienne qui exige de chacun une ascèse, i.e. une mise en pratique, sans laquelle il n’est pas possible de faire sienne ni réelle la vérité qui nous est transmise.



Dans l’Orthodoxie, la Révélation à l’homme du mystère du salut se fait par la voie théanthropique, soit divino-humaine, c’est-à-dire d’un Dieu qui se fait homme : pas par un avatar de type hindou ou monophysite où Dieu n’aurait pris que l’apparence de l’homme, ni par une « réalisation spirituelle », où l’homme, par ses efforts, est parvenu à une « illumination » qui le libère des lois cosmiques de cause à effet.
La réalité du mystère chrétien – au sens étymologique de ce mot, soit : ce qui est au-delà la parole, ce qui ne peut être expliqué pleinement par les mots – est que Dieu n’est pas un principe cosmique supra-personnel et anonyme, mais qu’Il est « philanthropos », « tchelovekolyubets », c’est-à-dire fondamentalement Ami-de-l’homme, et qu’Il s’est manifesté comme Vrai Dieu et Vrai Homme (seul Homme véritable), ce qui est bien « scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs » : une telle kénose – abaissement, et humiliation, au niveau de l’homme – est scandaleuse pour un dieu, et revêtir la chair-prison et la glorifier par la résurrection est simplement un non-sens pour un esprit qui aurait été libéré.

L’Orthodoxie n’est pas une religion parmi d’autres religions.
L’Orthodoxie est la Vie divine – infusée directement par le Christ Dieu-Homme Lui-même dans Son Corps, qui est l’Eglise.

Il n’y a pas d’autre endroit où La recevoir.

Entretien de conversion avec hypodiacre Pierre de Genève 2



2. Qu’est-ce qui vous a attiré vers l’Orthodoxie ?

La réponse à cette question se trouve fondamentalement dans les éléments exposés précédemment.
Je vais toutefois essayer de la compléter et de préciser également ce que j’y ai rencontré.

Ayant été reçus dans l’Eglise le Samedi Lumineux, le lendemain - dimanche de Thomas - nous avons communié aux Saints Mystères. Après la liturgie, un couple d’amis, qui nous avait accompagnés dans notre démarche, nous a invités à prendre un café. Et là, dans le calme de cet établissement tranquille, ils nous ont demandé, mi-sérieux mi-plaisants : « Alors, qu’est-ce que ça vous fait d’être devenus orthodoxes ? »
C’est alors, après avoir approché le plus haut sacrement de l’Eglise, que j’ai pris conscience d’un changement fondamental qui venait de s’opérer en moi : durant toute cette longue période de recherche – plus de quinze années – où j’avais erré en quête de réponses, de certitudes, et d’un ancrage où me fixer, j’étais continuellement soumis à des forces centrifuges qui me dispersaient, me débilitaient et m’empêchaient de prendre racine intérieurement, et de me développer avec solidité et fermeté. Ce type d’errance et de désarroi, apparemment sans fin, me ballotait à tous vents, et engendrait une instabilité et une inquiétude proches de l’angoisse, ainsi qu’une vulnérabilité qui me laissaient à la merci de toutes sortes d’influences externes.
En cet instant, donc, - grâce insigne de la Divinité, dont je prenais conscience au moment même où je répondais - je pus affirmer en toute force et vérité, parce que le vivais désormais : « On se sent au centre ! ».

Cadeau sans prix, et réponse à ma si longue et douloureuse attente, que Dieu me donnait en plénitude. Cette assise, inespérée, s’était opérée en moi de manière apparemment très simple, mais en toute puissance.

Autre changement : avant d’entrer dans l’Orthodoxie, j’éprouvais une certaine réticence à vénérer les icônes. Cela m’apparaissait comme une démarche trop axée sur la sensitivité. Mon approche de la théologie passait beaucoup par l’intellect, et le sensible y trouvait peu de place, car je vivais cette dimension comme une « déviance » par rapport à la pureté des dogmes, comme un « alourdissement charnel ».
Une fois reçu dans l’Eglise, j’embrassai les icônes – par obéissance. Je m’approchai de l’icône de la Mère de Dieu de Kazan, que je trouvais jusque là particulièrement peu propice à la vénération : sa riza me semblait trop chargée et « baroque » (ce qui n’est objectivement pas le cas), et suscitait en moi une réaction de retenue. Voici donc que, m’approchant pour la vénérer, je ressentis un flot d’amour venant de la Très sainte Mère de Dieu à mon égard, qui emplit mon cœur et fit disparaître à jamais ce blocage qui était le mien – un peu comme si un glaçon avait été fondu par la présence d’une source de chaleur, ou comme si une fenêtre fermée jusque-là avait été ouverte -, et dès lors les icônes ont été pour moi une porte ouverte sur l’Invisible.

Ceci va de paire avec la posture centrale mentionnée plus haut. De fait, mon entrée dans l’Orthodoxie a concrètement ouvert mon cœur de manière complète, pour qu’il devienne tel que Dieu l’a créé : le centre de l’homme et l’organe de la connaissance (de Dieu et de la création) – et non pas seulement le siège des sentiments, comme on le réduit trop souvent dans le monde profane.
Cette « ouverture » ou « croissance » du cœur s’est faite bien sûr progressivement, selon la pédagogie de l’Eglise, qui instruit ses enfants tout au long de leur existence par le souffle de l’Esprit aussi bien que par l’enseignement liturgique et la vie d’amour partagée entre tous ses membres.

A cet égard, j’ai vécu un phénomène significatif durant ma première année dans l’Eglise : j’avais « les pieds dans l’Orthodoxie », mais - de manière tout à fait involontaire - je n’arrivais pas à m’y sentir totalement intégré, comme si une partie de moi-même, façonnée par le papisme, était restée en arrière et regardait l’autre agir selon le rite orthodoxe. Cette situation d’incomplétude disparut entièrement après une année, par la grâce de Dieu, et à ce moment-là une image intense et vivante me fut révélée avec force : je me sentis comme une plante qui jusque-là avait été cultivée à l’étroit dans un pot, séparée de la vraie terre, et dont les racines s’étaient développées et enchevêtrées dans leur croissance contre les parois du récipient – ce qui correspondait évidemment à ma posture dans l’église papiste, limitée dans sa dogmatique et coupée de la plénitude - et avait été transplantée en pleine terre - soit la réalité de la Vie telle qu’offerte en abondance dans la Révélation orthodoxe. Or, comme cela se passe concrètement en horticulture, la plante sortie du pot garde son « nœud de racines » intact, même une fois transplantée, durant une année entière avant qu’elle n’en fasse croître de nouvelles – après un cycle saisonnier complet - qui iront s’enfouir et se nourrir dans la pleine terre. Et de fait, après une année, je me suis senti dès lors relié et enraciné dans la Vie sans limite dont jusque-là un nombre d’obstacles me séparaient.
Ainsi, il m’avait fallu vivre un cycle liturgique annuel complet pour me sentir 100% orthodoxe.


En résumé, Dieu m’a offert et continue à m’offrir chaque jour, par Sa munificence ineffable, ce que je recherchais et dont j’étais affamé : à savoir, la Voie, la Vérité et la Vie.

Entretien de conversion de l'hypodiacre Pierre de Genève 1




1. Pouvez-vous dire quelques mots sur votre famille, éducation, et comment vous avez décidé de devenir orthodoxe ?

Je suis né dans un pays sous-développé, souffrant de la misère et de la famine, où le soleil est voilé en permanence par un ciel de nuages ténébreux – tout ceci sur un plan spirituel, bien entendu.

Il s’agit de la Suisse, et plus particulièrement de la ville de Genève, haut-lieu de la franc-maçonnerie internationale et de l’univers bancaire, citadelle de l’hérésie obscurantiste, et métropole matérialiste jouissant d’un confort inébranlable et rassurant, qui l’isole aisément de beaucoup de tragédies constituant le quotidien de l’humanité.

Mes parents m’ont élevé dans la foi de l’église catholique-romaine, qui était celle de leurs ancêtres, et de cela je leur suis éternellement reconnaissant, puisqu’ils m’ont appris dès mon enfance les bases de la révélation chrétienne – à savoir, la foi en Dieu, les dogmes, ainsi que la nécessité de prier.
Nous étions ce que l’on appelle une famille « pratiquante » : nous allions à la « messe » le dimanche et aux fêtes, et la prière faisait partie de notre quotidien (tout au moins durant mes dix premières années d’enfance). Mon père, journaliste, avait consacré sa vie professionnelle à la défense des opprimés et des causes justes. En ce qui les concerne, mes parents ont fait leur possible pour transmettre dans leur famille une éducation religieuse.

Pour ce qui est de l’Eglise elle-même – appelons-la de son vrai nom : le papisme -, les choses ont tourné différemment.
En tant qu’enfant (durant les années 50), je me trouvais à l’aise dans le cadre de la religion – le fait de prier en latin, par exemple, ne me posait une aucune difficulté particulière. Toutefois, je la pratiquais par obéissance mais me posais beaucoup de questions, auxquelles les adultes – mes parents et les prêtres – ne répondaient pas. Sinon avec un sourire indulgent, estimant que « je cherchais trop loin » : on me faisait comprendre que ce qui comptait était de pratiquer au mieux les devoirs de la morale enseignée.
J’escomptais bien obtenir plus tard les réponses à mes questions en cherchant et étudiant les sources d’où la morale découlait.
Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfance, j’ai toujours été affamé de connaître la Vérité.

J’étais dans cette attente, au tout début de mon adolescence, lorsque survint un événement majeur en Occident, véritable révolution – au sens géométrique de virage à 180° - du papisme, qui continue son action à ce jour : il s’agit du Concile Vatican II en 1962.
En l’espace de quelques mois, ou de deux à trois ans pour certains points, une foule de pratiques qui constituaient depuis des siècles la réalité vivante et quotidienne du christianisme occidental ont été supprimées, déclarées invalides et obsolètes, et même interdites : reléguées en un instant au domaine mort et poussiéreux de l’archéologie. Par exemple, pour célébrer la «messe», l’autel et le prêtre doivent désormais être retournés à l’envers (id est, face aux fidèles) ; le latin, langue liturgique de l’Occident depuis l’origine, est déclaré interdit; la messe du dimanche est avancée au samedi soir pour permettre aux fidèles de partir skier le dimanche, ou de faire la grasse matinée ; la soutane (l’habit ecclésiastique du prêtre pour l’extérieur) est supprimée ; tous les jeûnes (eucharistique, carêmes, et vendredis) sont supprimés ; durant la liturgie, la distribution du sacrement de l’eucharistie aux fidèles est effectuée par des laïcs, hommes et femmes, (pour « soulager » le prêtre de ce « travail ») ; etc., etc.
Et, en synthèse, un besoin maladif de changer: on ne supporte plus la continuité, elle est un signe de mort. L’instabilité étant devenue la norme avec, comme corollaire de base, la certitude imbue que nous sommes tellement supérieurs, grâce à notre modernité, à tout ce qui vient du passé: les hommes de l’antiquité étaient des rustres grossiers, n’est-ce pas ?  Et nous, nous sommes le fleuron de l’évolution… (Ou, pour reprendre Nietzsche : « Les derniers hommes disent : ‘’Nous avons inventé le bonheur !’’, et ils clignent de l’œil… »)
Cette révolution avait comme thème directif « l’aggiornamento » (se mettre au goût du jour, en italien), c’est-à-dire de conformer l’Eglise avec le monde, ce qui signifie que celle-ci est alors condamnée à perpétuellement « courir après lui » (puisqu’il sera toujours en avance sur elle dans son propre domaine).
Dans ce contexte, je n’ai obtenu aucune réponse aux questions que je me posais et n’y ai plus trouvé aucun repère intérieur.

J’ai donc commencé petit à petit à prendre de la distance avec la religion dite « catholique ». Cela, d’ailleurs, correspondait avec un relâchement généralisé, au niveau social, de la pratique religieuse : jusqu’au concile Vatican II, la majorité de la population – même les plus tièdes, sauf les athées déclarés – observait une pratique religieuse sociale en allant à l’office du dimanche. A partir du concile, la nouvelle norme de permissivité et de confort personnel a vidé les églises de la majorité des fidèles.
Ainsi a commencé pour moi une longue – très longue – période de recherche. Le papisme n’ayant rien de substantiel à proposer et se résumant une morale extérieure sans saveur, je cherchais à l’aveugle quelque chose qui répondrait à mes interrogations.

Vers l’âge de 17 ans, je découvris un livre qui allait ouvrir comme une fenêtre dans la pénombre où je me trouvais. Intitulé La spiritualité hindoue et écrit par un orientaliste de haut niveau, il me montrait qu’il existe un langage qui parle de la réalité intérieure de l’homme – là où demeuraient mes interrogations. Jusqu’ici, mon approche de la spiritualité ou de la mystique s’était effectuée dans le cadre du papisme, et je n’en avais retiré qu’une impression de sentimentalisme ou de morale extérieure limitée. Cette ouverture m’a mené à m’intéresser aux religions orientales, hindouisme tout d’abord (yogas et métaphysique), puis bouddhisme, ainsi que soufisme, et à l’ésotérisme en général.

Toutefois, durant ces mêmes années, il m’avait été donné de bénéficier du don inestimable de la Providence : la présence de l’église orthodoxe russe, dont les coupoles dorées, par la grâce de Dieu, dominent la ville depuis maintenant 150 ans. Elles me faisaient signe depuis mon enfance, mais je n’avais jamais pénétré dans le bâtiment.
C’est ainsi que, alors que j’étais collégien, je me suis rendu plusieurs fois aux vigiles du samedi soir. La profonde tranquillité du lieu, la pénombre éclairée des seules bougies avec le parfum de l’encens, et enveloppée dans la psalmodie, étaient pour moi comme une oasis de paix dans le désert de ce monde. Le seul problème était que je ne comprenais pas un seul mot de tout ce qui se disait ou était chanté et, de ce fait, je restais comme à l’extérieur de toute la réalité de l’office, sans aucun moyen de m’y intégrer.
(J’avais bien essayé – une seule fois – d’assister à la liturgie le dimanche : mais en ouvrant la porte, je me trouvai devant une foule compacte remplissant toute la nef et un chœur tonitruant à la manière d’un opéra – tout cela était pour moi tellement à l’opposé de l’atmosphère recueillie des vigiles que, effrayé, je refermai aussitôt la porte et repartis… [lol]).
Je n’ai donc pas pu, à cette période-là, pousser plus avant ce premier contact avec l’Eglise orthodoxe.

Cette recherche, devenue une vraie quête, m’a accompagné durant mes années universitaires et même après : au total, plus de 15 ans d’errance.

Entretemps, je m’étais marié et, avec ma femme, nous partagions cette démarche de recherche.
Il faut dire qu’après plusieurs années – tout en restant positivement ouverts et accueillants à toutes sortes de religions – nous avions décidés, par « honnêteté intellectuelle » et souci intérieur d’authenticité, de nous mettre à étudier également le christianisme. Mais, cette fois, en cherchant autant que possible « à la source » - ce qui signifie, de facto, dans la tradition des Pères, c’est-à-dire orthodoxe. Là, nous avons découvert un langage auquel nous adhérions pleinement et qui nourrissait intérieurement notre attente.

Cependant, par suite de nos années d’errements, nous avions gardé les pieds – intellectuellement parlant – dans les autres traditions orientales: considérant en quelque sorte la vie spirituelle à la manière d’un consommateur occidental dans un supermarché, qui met dans son panier tout ce qui lui plaît, ou l’attire, dans les divers rayons.
Il faut également dire que, dans ces années 70 et 80, prenait essor une nouvelle tendance « spiritualiste », qui semblait apporter toute la lumière attendue sur les différentes religions, et que l’on peut désigner par l’expression, désormais connue, d’unité transcendantale des religions. En termes simples, cela signifie : toutes les religions diffèrent par leur aspect extérieur – l’exotérisme – pour des raisons historiques et culturelles, mais plus l’on s’élève vers l’enseignement intérieur et métaphysique – l’ésotérisme -, plus l’on rencontre une réalité spirituelle identique et unique, la réalité divine. Donc, par voie de conséquence, toutes les religions se valent.
Ce mode de pensée est toujours d’actualité, mais à cette époque, pour les jeunes gens en recherche que nous étions, il apparaissait comme une révélation exceptionnelle et décisive, apportant toute la clarté nécessaire pour l’évolution générale spirituelle de l’humanité.
Le corollaire de base une fois accepté – considérer les enseignements ésotériques de toutes les religions comme étant la manifestation de la même réalité métaphysique –, on pouvait ainsi passer d’une religion à l’autre suivant ses humeurs, ou le moment de la journée, sans contradiction ni incohérence ; et si un aspect, moral ou pratique, de l’une d’entre elles n’apparaissait pas comme acceptable ou compréhensible pour sa propre vision personnelle, il suffisait de lui apposer l’étiquette d’«exotérisme », donc d’enseignement à caractère limitatif, destiné aux besoins du peuple « non initié », dont on pouvait ainsi ne pas tenir compte.
Cela était très pratique et confortable pour l’intellectuel que j’étais…
Mais toutefois, si la riche complexité de ces doctrines orientales me séduisait, jamais je n’ai pu m’identifier dans aucune d’elles : elles pouvaient être attirantes, mais je n’y étais pas réellement chez moi.

Ayant eu l’occasion de nous rendre en Grèce, suite à notre mariage, ce premier séjour fut pour moi une expérience décisive : d’une manière inattendue, je me suis senti aussitôt chez moi – comme je ne l’avais jamais été nulle part jusque-là -, ainsi que dans une famille spirituelle ou une patrie dont j’avais toujours eu la nostalgie, en communion cordiale et psychologique les gens, et en accord avec mes aspirations intimes de base. Je ne mis pas longtemps à me rendre compte que cela venait du fait qu’il s’agissait d’un pays orthodoxe, et que l’attitude et le comportement des êtres était déterminé par cette réalité. Nous avons assisté à la liturgie, où nous nous sentions également chez nous - la langue grecque étant quand même un peu plus accessible que le russe pour des francophones.
Après ce premier contact, nous avons pu y retourner souvent en été, avec la même joie de retrouver chaque fois un lieu de familiarité intérieure et extérieure.

Désirant donc trouver notre place concrètement dans une religion où vivre avec tout son être, et pas seulement intellectuellement, nous avons fait la tentative de « revenir » au christianisme, mais en le pratiquant sous sa forme locale occidentale – au lieu de l’orthodoxie, bien que présente à Genève - : estimant, par un scrupule « d’honnêteté » et « d’authenticité », plus conforme à « l’obéissance » de ne pas recourir à ce qui me semblait alors comme de « l’exotisme ». Mais revenir au papisme officiel – malgré un cours essai de bonne volonté – s’est révélé totalement impossible pour moi (au regard des raisons déjà évoquées).
C’est alors que, dans cette situation de malaise profond, un oncle et une tante - eux-mêmes souffrant de la déroute du catholicisme romain - nous ont offert leur soutien : seule présence cordiale familiale dans ce désarroi persistant. Ils nous ont ainsi introduits parmi les « catholiques traditionnels », en d’autres termes, ceux qui n’avaient pas accepté les changements du concile Vatican II et qui pratiquent la religion comme auparavant. Là, nous avons retrouvé un cadre plus recueilli, permettant une pratique de piété apaisante. Toutefois, nous nous sentions à l’étroit sur le plan de la théologie, après avoir ouvert notre esprit à la tradition orthodoxe (sans parler de notre ouverture aux religions orientales…).
Nous étions dans une situation de « jonglerie » : pratiquant selon le rite latin, pensant – croyions-nous alors – selon la théologie orthodoxe (…nous récitions le Credo sans le Filioque), et accueillant même des traditions non chrétiennes. Ce n’était pas vraiment équilibré, mais cette situation de compromis ne gênait pas outre mesure l’intellectuel que j’étais. Cela aurait pu durer encore longtemps, mais c’est là que la Grâce de Dieu intervint de manière déterminante pour m’obliger à passer du monde des idées à celui de la réalité : la vie réelle n’étant pas une seule question de choix mental, mais d’engagement concret de tout l’être.
J’avais alors 32 ans, ma femme devint enceinte de notre première enfant et il fallut prendre une décision qui allait déterminer toute la vie de cet être.
Nous étions résolus à la baptiser. Mais dans quelle Eglise ? Dans le papisme, cela était inconcevable. Dans le catholicisme traditionnel, nous étions dans une posture de « repli » étriquée ou de « protectionnisme », de « combat d’arrière garde » défendant des valeurs du passé, dans un cadre considéré de l’extérieur comme une secte. Situation qui peut être volontairement assumée par un adulte, mais qui semblait peu propice pour le développement spirituel harmonieux d’un enfant.
Il ne restait donc que l’Orthodoxie, avec laquelle nous étions intérieurement en accord, mais où le sujet de la langue constituait une barrière. C’est avec l’aide de deux connaissances, paroissiens francophones de l’Eglise russe, que nous avons pu nous en approcher avec plus de familiarité et pénétrer dans la compréhension des rudiments pratiques de base.
Mais alors que logiquement tout aurait dû aller ensuite de l’avant avec simplicité et facilité, plus le délai du baptême approchait et plus je ressentais une sorte de paralysie : paradoxalement, en dépit de ma complète adhésion – toute théorique – avec la doctrine orthodoxe, une force ou un poids (la crainte, peut-être, de quitter le confort de la religiosité « à choix multiple » ?) me retenait dans cette démarche pour faire le pas concret. Un peu comme une personne marchant autour de la piscine, désireuse d’y nager, mais n’osant pas sauter dans l’eau. Preuve en est, s’il en fallait une, que la religion n’est pas un choix d’opinions intellectuelles, mais un choix de vie entier.

La naissance de l’enfant étant survenue, il a fallu passer de la théorie à la réalité : nous avons donc fait le pas, et sauté ensemble avec notre fille pour entrer en famille dans l’Eglise, et - gloire à Dieu pour tout ! – dès lors la vraie Vie s’est révélée.

Friday, October 21, 2016

Des différences et des similarités entre l’Orthodoxie et d’autres religions

On peut certes trouver diverses formes de piété et de mystique d’apparence respectable dans les autres religions et de nombreux exemples de foi tout à fait admirables. (En ce qui concerne les hérésies issues du christianisme – le papisme et les diverses branches du protestantisme -, la déformation de la vérité reçue est telle qu’elle apparaît malheureusement comme une caricature appauvrissante, et parfois blasphématoire). De même, l’on peut trouver ailleurs des doctrines qui sécurisent le mental et tranquillisent, des règlements qui indiquent une conduite d’action existentielle et apportent un certain équilibre pour la gestion du quotidien.


Toutefois, s’il est possible de rencontrer une sagesse – relative -, une paix – relative -, ou même une compassion – toujours relative – dans d’autres formes de religions, partout règne le grand Manque, ou la grande Absence : celle de la présence du Christ, seule Plénitude capable de tout remplir – la terre, le ciel et les enfers.

Hypodiacre Pierre

Icône "Sophia - Sagesse Divine"

Wednesday, June 15, 2016

VIES DES SAINTS ORTHODOXES D'HELVETIE: Saints martyrs de Nyon

VIES DES SAINTS ORTHODOXES D'HELVETIE: Saints martyrs de Nyon: Vie de nos pères parmi les saints  Héradius, Paulinius, Aquilinus, Minérius,  Victor, Arthème, Calcorus, Primus,  Pérégrinus, Lib...

VIES DES SAINTS ORTHODOXES D'HELVETIE: Saint Béat

VIES DES SAINTS ORTHODOXES D'HELVETIE: Saint Béat: S aint Béat dans sa grotte * Vie de notre père parmi les saints Béat (IIe siècle) Fête le 9/ 22 mai On sait peu de choses d...